|
|
Accueil
sixième (année 2007-2008)
Le
cimetière militaire allemand de Langemark 1914-1918
|
|
Quatre
soldats en deuil,
statues
de bronze du cimetière militaire allemand de Langemark
(Flandre occidentale),
du
sculpteur munichois Emil Krieger (monument inauguré au
début des années cinquante).
Le
monument est inspiré d'une photographie datant de 1918.
Celle-ci représente quatre soldats de réserve du
238ème Régiment d'infanterie.
|
|
"C'est
vrai, on vous oubliera. Oh ! je sais bien, c'est odieux, c'est cruel,
mais pourquoi s'indigner : c'est humain... Oui, il y aura du bonheur,
il y aura de la joie sans vous, car tout pareil aux étangs
transparents dont l'eau limpide dort sur un lit de bourbe, le cœur
de l'homme filtre les souvenirs et ne garde que ceux des beaux jours.
La douleur, les haines, les regrets éternels, tout cela est
trop lourd, tout cela tombe au fond...
On
oubliera. Les voiles de deuil, comme des feuilles mortes, tomberont.
L'image du soldat disparu s'effacera lentement dans le cœur consolé
de ceux qu'ils aimaient tant. Et tous les morts mourront pour la deuxième
fois.
Non,
votre martyre n'est pas fini, mes camarades, et le fer vous blessera
encore, quand la bêche du paysan fouillera votre tombe. Les
maisons renaîtront sous leurs toits rouges, les ruines redeviendront
des villes et les tranchées des champs, les soldats victorieux
et las rentreront chez eux. Mais vous ne rentrerez jamais. (...)
Mes morts, mes pauvres morts, c'est maintenant que vous allez souffrir,
sans croix pour vous garder, sans cœurs pour vous blottir. Je crois
vous voir rôder, avec des gestes qui tâtonnent, et chercher
dans la nuit éternelle tous ces vivants ingrats qui déjà
vous oublient."
R.
DORGELES, Les croix de bois, 1919 (chapitre XVII).
Cher
élève,
En
te procurant le syllabus documentaire de sixième, peut-être
te seras-tu questionné à propos de l'étrange
photo de couverture... De sombres visages énigmatiques ornent
en effet celle-ci. Ce choix est tout à fait personnel, tant
ce groupe des quatre statues de bronze du cimetière militaire
de Langemark me semble grandement symbolique.
Un
certain mystère entoure ces statues figurant quatre
soldats allemands rendant un dernier hommage à leurs camarades
tombés au champ d' "honneur". Est ainsi résumé
ici tout le mystère de cette "Grande guerre"
venue couronner ce XIXème siècle fait de tant de folles
promesses. Les avancées de l'esprit humain, les progrès
techniques et scientifiques devaient faire de notre monde un lieu
d'excellence où il ferait "bon vivre". La première
guerre de masse de l'histoire allait plonger le monde - et particulièrement
notre "Vieux continent" - dans la désillusion la
plus complète. Pour la première fois, l'Europe s'enfonçait
mystérieusement dans sa "première guerre civile",
sorte de suicide collectif européen, annonçant
le début de son déclin après cinq siècles
d'hégémonie.
Le
cimetière militaire allemand de Langemark témoigne du
potentiel destructeur de l'humanité.
44
234 soldats y reposent pour l'éternité. 44 234,
c'est à peu près trente fois le nombre de tous les
élèves de ton école. Trente fois ! Parmi
ces soldats malchanceux, environ 3000 étudiants, volontaires
de guerre, morts dans la bataille de Langemark entre octobre et novembre
1914. C'est environ deux fois le nombre de tes condisciples ! Fauchés
dans la fleur de l'âge, ils étaient l'avenir du continent,
tout comme ces innombrables soldats français, britanniques
ou belges tombés sur cette même terre des Flandres.
Témoin
"privilégié" de cet absurde martyre, la terre
de Langemark est néanmoins un élan d'espoir.
Espoir de voir des peuples hier ennemis fratricides aller de l'avant.
Car même si les soldats du mémorial de Langemark portent
tous le casque allemand sur le devant du corps, leur posture et leur
état d'âme sont universels. Grande est leur affliction
devant l'intolérable. Grand est leur désir de
dépassement. C'est à cette tâche que les gouvernements
allemand et belge se sont attelés depuis 1918 : le cimetière
de Langemark a officiellement été inauguré en
1932, a été réagencé dans les années
1950 et dans les années 1980. Toujours avec cette double volonté
: entretenir le souvenir et dire au monde l'absurdité
de la guerre, lui crier haut et fort qu'un lendemain est toujours
possible.
C'est
un signal fort que ces sentinelles de Langemark adressent aujourd'hui
à tous les peuples en désespérance.
En
route !
E.
Lauwers
(5
septembre 2007)
Accédez
au site du Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge en cliquant
sur ce lien :



Photos
E. Lauwers (11.11.2004)

|