"
La Hollande, le Danemark et le Nord de l'Allemagne viennent
de capituler. Maintenant, cela ira vite. Les Allemands d'Italie
ont capitulé. C'est ce qui se racontait les jours derniers.
Mais nous voilà le lundi matin. Tout le monde s'agite,
la victoire est proche. À
midi, cela va de mieux en mieux. Il va sonner 5 1/2 h. Nous sommes
à l'étude. M. le curé arrive comme l'ouragan
et nous dit : Ça y est, cette fois la guerre est finie. Après
avoir récité un ave de reconnaissance à la
Ste Vierge protectrice, nous retournons vers nos demeures le cour
débordant de joie.
Bim
! Bam ! Boum ! L'heure de la victoire sonne partout, dans le pays.
Le 7 mai 1945 a (sic)
2,41 h du matin la capitulation sans conditions (sic) était
signée entre deux délégués du reste
de l'armée allemande et les chefs des trois grandes nations
unies. Et maintenant, nous avons retrouvé la liberté
après une attente de cinq années. La joie règne
partout. Et tous ces drapeaux qui flottent dans les rues des villes
et des villages nous montrent que nous sommes LIBRES. Nous n'avons
plus à trembler devant les menacent (sic) de notre
ennemi infâme. Vive la Belgique libre et vivent aussi tous
les alliés qui ont contribué à notre délivrance.
"
G.
LAUWERS, La Victoire, extrait d'un cahier d'école,
On (Jemelle), composition d'école primaire non datée
avec précision (après le 7.5.1945) (composition
notée 9/10, ponctuée d'un TB par l'instituteur).
Tout jeune adolescent, l'auteur a connu la réoccupation
de son village par les troupes nazies en décembre 1944,
d'où dans ce texte, son attachement particulier à
l'idéal de liberté. Voir le fac similé de
cette copie avec ses remarquables dessins en cliquant ICI.
Cher
élève,
En
te procurant le syllabus documentaire, peut-être t'es-tu
posé la question de savoir pourquoi ton professeur de formation
historique avait choisi d'y mettre à l'honneur le cimetière
américain de Neupré.
Le
cours de sixième s'attache en partie à expliquer
la montée en puissance au niveau international des États-Unis
d'Amérique tout au long du XXème
siècle. Qu'on l'apprécie ou non, cette réalité
est une donnée historique incontournable. Il est vrai qu'en
ce début de XXIème siècle,
huit années d'une présidence pour le moins contestée
ont engendré des voix discordantes vouant aux gémonies
"les Américains"... Le malsain anti-américanisme
primaire n'est pas une attitude raisonnable.
Certes,
comme toutes les grandes puissances du passé et d'aujourd'hui,
les États-Unis ont commis des erreurs et ils en commettent encore,
mais ne nous faut-il pas nous attacher à repréciser
l'importance des valeurs qui unissent Américains et
Européens ? Juger ou condamner un peuple dans son ensemble
s'avère particulièrement dangereux, comme cela s'est
vu en Europe en 1918 et dans les années qui suivirent.
Une
nation n'est pas nécessairement grande par sa taille, mais
bien par les idéaux qu'elle promeut. Il nous faut donc
réaffirmer les valeurs portées par la nation américaine,
fille de l'Europe, ne l'oublions pas.
La
façade sud de la chapelle du mémorial de Neupré
est là pour nous rappeler par ses haut-reliefs nos valeurs
communes. Un aigle américain de plus de cinq mètres
de haut accompagne dans leur majesté trois filles nées
des "Lumières". Celle de gauche, agenouillée
en s'appuyant sur un long et massif glaive tranchant symbolise
la JUSTICE. Celle du centre, drapée à l'antique,
bonnet phrygien sur la tête représente la LIBERTÉ.
À l'image de la célèbre statue de Bartholdi, cette
liberté tend le bras droit et, au lieu de brandir une torche,
présente l'imposant rapace enserrant de ses solides pattes
plusieurs flèches représentant la force, le pouvoir
d'agir énergiquement. La statue de droite, découvrant
son avenante poitrine, figure la VÉRITÉ. Treize étoiles
ponctuent l'ensemble et représentent les États-Unis,
treize colonies d'origine européenne. Sur la façade
ouest du monument se retrouve aussi sacralisé l'idéal
de PAIX.
Paix et liberté... deux petits mots qui, à force d'être
vécus naturellement par les jeunes générations
d'Européens depuis 1945, risquent de perdre leur sens
profond. Car cette paix et cette liberté ne sont vraiment
appréciées que lorsque nous en sommes privés.
Tous les survivants de la Seconde Guerre mondiale en témoignent
encore de nos jours. L'important pour nous, dans cette Europe
en paix et face à cette forêt de croix du mémorial
de Neupré, n'est-il pas de traquer cette sournoise
bête immonde qui prend plaisir à saper la liberté
des hommes ? Fermer les yeux sur le tragique vécu des
autres continents, se replier sur notre bonheur - acquis notamment
grâce au sacrifice de ces 5 328 soldats inhumés à
Neupré - ne serait qu'égoïsme et dédain.
Dédain pour ces peuples aujourd'hui opprimés et
délaissés.
Au
beau milieu de ces croix, une question lancinante revient sans
cesse à l'esprit : pourquoi un tel gâchis ? La
blanche froideur du marbre des croix et des étoiles de
David rappelle inévitablement le rude hiver de 1944 au
cours duquel les Alliés ont dû faire face au retour
des armées du Reich. Dernier coup de patte de la répugnante
bête nazie, cette offensive désespérée
- plus connue sous le nom de "Bataille des Ardennes"
- allait mettre en présence environ 750 000 combattants.
19 000 Américains, 1 000 Anglais, 20 000 Allemands, 2 500
civils belges et 500 civils luxembourgeois y laisseront la vie.
La liberté fut à ce prix.
Le
cimetière américain de Neupré est
là pour nous rappeler la vaillance dont ont fait preuve
les démocraties face à la perversité d'une
idéologie de mort qui avait été portée
par le nationalisme allemand. Antithèse de la liberté
et de l'idéal de paix, le nazisme portait en
lui les germes de sa destruction, car fondamentalement contraire
à la destinée de l'humanité.
Le
cours de formation historique de sixième convie donc chacun
d'entre vous à la découverte d'une part de l'histoire
des femmes et des hommes du XXème
siècle, histoire tellement complexe et mystérieuse
par certains côtés.
En
cliquant sur le lien de cette phrase, il t'est est aussi loisible
de consulter un accueil
antérieur consacré
au cimetière militaire allemand de Langemark (1914-1918).
En
route !
É.
Lauwers
(1er
septembre 2011)
Site
officiel de l'American Battle Monuments Commission : http://www.abmc.gov/home.php