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FORMATION HISTORIQUE

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© Éric LAUWERS (2007-2011)

 

 

 

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RÉUNION DES PARENTS 5C (23.12.2011)

 

 

Année 2011-2012

 

 

 

 

Ascenseur à bateaux n° 1 de Houdeng-Goegnies,

chantier de restauration (2008),

témoins du paysage industriel de la Wallonie au XIXème siècle.

 

 

"Le Hainaut, terre riche et industrieuse, à cheval sur les bassins de la Meuse et de l'Escaut, ne dispose pas de grandes voies navigables naturelles, hormis les brefs parcours de l'Escaut à l'ouest et de la Sambre à l'est. Le désenclavement du Hainaut se concrétise au début du XIXème siècle : c'est l'époque de la construction à l'est, du canal de Charleroi à Bruxelles, terminé en 1832, et, à l'ouest, du canal de Mons à Condé, inauguré en 1818. Seul manque encore un élément à la transversale Meuse-Escaut. C'est en 1885 que débute la construction du canal du Centre. Et il faudra attendre 1917, la volonté, le talent et le dynamisme de plusieurs générations, pour que ce canal, long de 21 kilomètres, avec ses quatre ascenseurs et ses six écluses, soit définitivement ouvert à la navigation et qu'un bateau de 300 tonnes transite du canal de Charleroi à Bruxelles au canal de Mons à Condé. (...) les quatre ascenseurs hydrauliques, et la bretelle à 300 tonnes qui les accueille, sont restés intacts : ils font partie, depuis 1992, de notre patrimoine classé."

Extrait de J. Laurent, R. de Fays et M. Dambrain, Le Canal du Centre. Chronique d'une construction, Namur, Éditions du MET, 1996 (collection Traces, n°1), page de garde.

 

Cher élève,

En découvrant la première page de ton syllabus documentaire, peut-être t'es-tu demandé pourquoi ton professeur de formation historique avait choisi la photo qui l'illustre. Les raisons qui ont motivé ce choix sont bien sûr personnelles. Les ascenseurs à bateaux du Canal du Centre sont à mon sens un parfait trait d'union entre passé, présent et avenir.

Les ascenseurs de Houdeng-Goegnies (ascenseur n° 1), de Houdeng-Aimeries (n° 2), de Bracquegnies (n° 3) et de Thieu (n° 4) constituent un remarquable meccano géant. Ils témoignent du génie inventif et entreprenarial wallon, à une époque où notre belle région était des plus richement industrialisée. Conçus et perfectionnés par des ingénieurs formés dans nos plus grandes écoles, ces ascenseurs n'auraient néanmoins pas vu le jour sans le concours d'autres acteurs tout aussi indispensables. Volonté politique, d'une part, audace d'entrepreneurs, d'autre part, et, inévitablement, labeur servile d'innombrables ouvriers ont également été nécessaires à cette œuvre titanesque qui ne se limite d'ailleurs pas à la construction des ascenseurs proprement dits - percement du canal et construction d'écluses complètent leur réalisation.

Œuvre géniale et grandiose... Cette belle mécanique n'utilise que la force hydraulique - énergie durable par excellence. En cette fin de XIXème siècle, l'homme ne fait en effet encore que fort marginalement usage du moteur à explosion et de l'électricité qui feront le siècle qui suivra. Plusieurs décennies après leur construction, seule la force hydraulique continue à en permettre le fonctionnement, telle une belle horlogerie suisse. Le caractère novateur de ces ascenseurs força aussi les esprits à dépasser les expériences déjà en cours en Angleterre, en France ou en Allemagne. Tout cela ne peut aujourd'hui susciter qu'admiration.

La construction de ces quatre ascenseurs doit nécessairement être recadrée dans un contexte plus global. La région du Centre - dont la houille est exploitée modestement depuis la petite révolution industrielle du XIIIème siècle, de manière plus soutenue dès le XVIème siècle - bénéficie d'un destin hors du commun avec l'avènement de la grande Révolution industrielle. La demande en combustible est si soutenue partout en Europe qu'une bonne partie du Hainaut va voir son sous-sol exploité de manière intensive. L'exportation du précieux charbon pose cependant problème : c'est qu'à cette époque, cette région minière est dépourvue de tout réseau autoroutier ! Elle est donc enclavée, coupée du monde extérieur, par défaut de bonnes voies de communication terrestres. De plus, les voies navigables font aussi défaut. Les ascenseurs du Centre permettront donc la communication vitale entre les bassins de l'Escaut et de la Meuse grâce à la liaison fluviale entre le canal Mons-Condé et celui de Charleroi-Bruxelles - percés antérieurement déjà. Source d'enrichissement, leur réalisation - une portion de 21 kilomètres seulement - va ainsi mettre cette partie de la Belgique en lien avec le monde, au grand bonheur des exploitants des charbonnages et des industriels.

Déjà objets de curiosité à l'époque de leur construction (1888 pour l'ascenseur n° 1, inauguré par le roi Léopold II en personne) - des excursions y étaient organisées, des séries de cartes postales éditées -, les ascenseurs du Centre retiennent aujourd'hui toute l'attention de nos autorités. Déjà classés au patrimoine majeur de Wallonie (1992), ils sont dorénavant inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité (UNESCO) depuis 1998. Ces géants de fer et de fonte sont les seuls à avoir été conservés dans leur état originel de fonctionnement. Pour notre génération et celles qui nous suivront, ils sont un témoin de la foi infinie des hommes du XIXème siècle dans la technique et dans l'inventivité humaine.

Quelle ne fut pas ma surprise au mois de juillet 2008 à découvrir que l'ascenseur n° 1 était sous échafaudages, pour cause de restauration. La société adjudicatrice : ... Eiffel ! Tout un symbole !

Aujourd'hui exclusivement dévolus aux joies touristiques, les anciens ascenseurs à bateaux du Centre sont remplacés par un géant : l'ascenseur funiculaire de Strépi-Thieu qui permet depuis peu le passage de bateaux de 1350 tonnes - l'ancien canal ne permettait le transit que de bateaux de 300 tonnes. Continuation logique des anciens, le nouvel ascenseur a fait entrer la Wallonie dans le XXIème siècle.

Les ascenseurs d'hier ne doivent pas nous inciter à nous reposer sur notre gloire passée. Nous devons bien sûr en être fiers, mais afin d'aller de l'avant. La vaillance des entrepreneurs d'antan et leur savoir-faire doivent constituer un exemple pour les entreprises d'aujourd'hui. La machinerie complexe de Strépy-Thieu doit être un ascenseur pour le futur, car le pays wallon doit renaître de ses cendres, coûte que coûte.

C'est à cet aller et retour incessant entre le passé et l'aujourd'hui que j'invite, cette année, chacune et chacun d'entre vous, le XIXème siècle étant matrice des deux siècles qui le suivront.

En cliquant sur le lien de cette phrase, il vous est aussi loisible de consulter un accueil antérieur consacré au site du Bois du Cazier à Marcinelle.

En route !

É. Lauwers

(1er septembre 2011)

 

Le site du MET présente des dossiers intéressants : http://www.canal-du-centre.be/

Le liste du patrimoine mondial de l'UNESCO : http://whc.unesco.org/fr/list/856

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Photos É. Lauwers (2008)

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